L’Imam Malik (L’Imam de Médine)

Introduction L’école malékite est l’une des quatre écoles juridiques les plus répandues dans le monde musulman depuis le deuxième et le troisième siècle hégirien. Cette école, ou madhhab, doit son nom à l’illustre savant, le grand juriste, l’Imâm de Médine, Malik Ibn Anas, que Dieu l’agrée. Celui-ci occupa une place saillante parmi les juristes musulmans, excella dans la ville qui reçut la science et la bénédiction du Prophète, et porta le flambeau des sept célèbres juristes médinois: Abou Bakr Ibn Abderrahmane Ibn Al-Hârith Ibn Hichâm, Qâsim Ibn Mohamed Ibn Abî Bakr As-Siddîq, Ourwah Ibn Az-Zoubayr Ibn Al-Awwâm, Saîd Ibn Al-Mousayyab, Soulaymân Ibn Yasâr, Khârijah Ibn Zayd et Oubayd Allâh Ibn Abdallah Ibn Outbah Ibn Masoud.L’époque de l’Imam Malik L’Imam Malik naquit à la fin du premier siècle hégirien et son âme retourna à Dieu environ vingt ans avant la fin du deuxième siècle. La première moitié de sa vie s’écoula sous le Califat des Omeyyades, alors que la seconde témoigna des premiers épisodes du Califat abbasside. Il vécut ainsi à une période mouvementée de l’Histoire islamique où émergèrent de nombreux courants de pensée religieux et politiques. Sous les Omeyyades, le Califat islamique bien-guidé fut transformé en un système monarchique. Cela généra discordes, conflits et instabilité, d’autant plus que le nouveau système instauré fut teinté d’un «nationalisme arabe». Dans ce contexte, les non-arabes subirent des injustices et les descendants du noble Prophète - paix et bénédiction de Dieu sur lui - connurent de dures épreuves sanglantes et de regrettables oppressions. En 132 A.H., après avoir démantelé les structures du pouvoir omeyyade, le Califat des Abbassides vit le jour. Le conflit s’attisa alors entre les Abbassides et les Alawites, malgré les liens de parenté qui les liaient... Comme pour réagir au nationalisme arabe qui avait émergé sous les Omeyyades, divers nationalismes non-arabes se développèrent sous les Abbassides. C’est alors que les courants de pensée se multiplièrent, divers groupes religieux montèrent sur scène et l’ouverture sur la philosophie grecque, les pensées persanes ou indiennes s’élargit par le biais de diverses traductions. Les frontières du monde islamique s’étaient largement étendues à cette époque, la vie matérielle voyait son cercle s’étendre et la nécessité d’apporter des réponses religieuses à des questions originales se faisait croissante, compte tenu de la diversité des peuples ayant embrassé l’islam. Les opinions juridiques se multiplièrent et deux principales écoles ou méthodologies se dégagèrent. La première méthodologie, celle des Gens du Hadith, prônait l’application stricte et rigoureuse du Coran et de la Sounnah, mettant l’accent sur la lettre et la narration. Cette Ecole eut de nombreux adeptes et trouva une terre fertile dans le Hijâz en général, et à Médine en particulier. En effet, cette méthodologie était en harmonie avec la vie à Médine, la ville du Prophète : une ville fortement attachée aux enseignements du Prophète et ayant préservé sa simplicité et son climat sain. Médine se dressa longtemps comme un rempart devant les idéologies sociales et politiques étrangères issues des nombreuses conquêtes islamiques et du contact avec de nouveaux peuples et de nouvelles cultures. La deuxième méthodologie, l’Ecole de l’Opinion, plus interprétative que la précédente, prônait également l’attachement, le respect et l’application du Coran et de la Sounnah, mais mettait davantage l’accent sur le rôle de l’intellect dans l’appréhension et l’interprétation des énoncés ainsi que dans la déduction des jugements légaux selon les règles de cette discipline. Cette école s’était fortement répandue en Irak qui était, à cette époque, le foyer scientifique musulman le plus actif. L’Irak était fort d’une histoire scientifique riche ; le recours à la recherche et à l’analyse rationnelle était devenu familier dans l’environnement irakien, confronté à diverses cultures, notamment la culture persane où foisonnaient les idéologies et les philosophies. L’Imâm Malik naquit et vécut à Médine. Il fut ainsi influencé par la vie et l’esprit de cette honorable ville. Il naquit à l’époque de l’Omeyyade Al-Walîd Ibn Abd Al-Malik et retourna à Dieu sous le règne de l’Abbasside Hârûn Ar-Rachîd. Ainsi fut-il témoin du Califat omeyyade et du Califat abbasside et des luttes qui les opposèrent. Il fut également témoin des luttes entre les Abbassides et les Alawites, du mouvement des Khârijites, et des polémiques ayant opposé les Sunnites aux Chiites. Généalogie et naissance de l’Imam Malik Il s’agit de l’un des quatre pôles de la jurisprudence islamique, Malik Ibn Anas Ibn Malik Ibn Abî Âmir Ibn Amr Ibn Ghaymân Ibn Khathîl Ibn Amr Ibn Al-Hârith. Son arrière grand-père, Abou Âmir Ibn Amr, fut un Compagnon du Messager de Dieu - paix et bénédiction de Dieu sur lui. Il participa à toutes les batailles du temps du Messager de Dieu, exception faite de la grande bataille de Badr. Son grand-père, Malik Ibn Abî Âmir, fut un grand Successeur qui rapporta des hadiths sur l’autorité du Commandeur des Croyants Omar Ibn Al-Khattâb, de Talhah, de la Mère des Croyants Aïcha, de Abou Hourayrah et de Hassân Ibn Thâbit, que Dieu les agrée tous. Il fut l’un des quatre hommes ayant porté le Commandeur des Croyants Othmân Ibn Affân, que Dieu l’agrée, à sa tombe. Il fut l’un des scribes qui inscrivirent le Coran lorsque Othmân réunit les codex du Coran. On rapporte en outre que le «Cinquième Calife bien-guidé», Omar Ibn Abdelaziz, lui demandait conseil.Quant au père de Malik, Anas, l’histoire ne nous apprend que peu de choses sur lui. Nous savons toutefois qu’il vécut à Dhou Al-Marwah, une oasis dans le désert au nord de Médine, et qu’il gagnait sa vie en fabriquant des arcs. Selon l’opinion la plus solide, sa mère s’appelait Al-Ghâliyah Bint Shourayk Al-Azdiyyah. L’Imam Malik naquit en 93 A.H., à Dhou Al-Marwah. Il vécut ensuite à Al-Aqîq, une vallée dans les alentours de Médine, puis s’installa à Médine, la ville où repose le Messager bien-aimé - paix et bénédictions de Dieu sur lui. Enfance et apprentissage des sciences islamiques Dans son enfance, l’Imâm Malik mémorisa le Noble Coran, puis apprit les hadiths prophétiques et les verdicts religieux (fatwa) des Compagnons. Il étudia la jurisprudence de l’Ecole de l’Opinion et s’initia à la réfutation des courants déviants. Il se montra brillant dans l’acquisition des sciences islamiques et se distingua par son excellente mémoire. Sa mère lui recommanda dans son enfance de se faire le disciple du Successeur, le Hâfidh Abou Othmân Rabîah Ibn Abi Abderrahmane Al-Qourashî, pour puiser dans son savoir. Rabîah, que Dieu l’agrée, était surnommé «Rabîat Ar-Ra’y» pour sa rigueur et son intelligence dans l’interprétation et le raisonnement par analogie. Les savants sont unanimes quant à son éminence en matière de science et de jurisprudence. Yahyâ Ibn Sa`îd dit de lui : «Je n’ai vu plus sensé que Rabîah.» Le jeune Malik apprit la jurisprudence interprétative de l’Ecole de l’Opinion auprès de Rabiah et, plus tard, lorsque Rabîah décéda, Malik prononça ces mots nostalgiques : «La saveur de la jurisprudence disparut depuis la mort de Rabiah.» L’étape suivante de l’apprentissage de l’Imâm Malik fut marquée par son initiation auprès d’un grand nombre de cheikhs. Selon l’Imâm An-Nawawî, il eut 900 maîtres dont 300 Successeurs, les autres étant des Successeurs de Successeurs. L’Imâm Abderrahmane Ibn Hourmouz Al-Aaraj figurait parmi ses maîtres les plus distingués. Mais parmi ses cheikhs, nous pouvons également citer Nâfi, le noble Successeur affranchi de Abdallah Ibn Omar, le grand Imâm Ja‘far Ibn Mohamed Al-Bâqir, le juriste et savant-mémorisateur Yahyâ Ibn Saîd Al-Ansârî le Juge de Médine, et le prédicateur aux exhortations vibrantes Malik enseignant L’excellence de l’Imâm Malik lui permit d’enseigner et de diffuser la science dès sa jeunesse. On dit même qu’il commença à enseigner à l’âge de dix sept ans. Il choisit la Mosquée du Prophète pour tenir son cercle de science. Plus précisément, il choisit, dans la Mosquée de Médine, l’endroit où se tenait le Calife Juste Omar Ibn Al-Khattâb. C’est là que s’asseyait le Messager de Dieu. Les cours de l’Imâm Malik ne furent transférés chez lui que plus tard, à cause de sa maladie. La profusion de sa science attira une foule très nombreuse, sa renommée s’étendit et il occupa une place distinguée dans le cœur des habitants de Médine.En matière de jurisprudence, Malik puisait dans le Noble Coran, exigeant que l’exégète ait une excellente maîtrise de la langue arabe. Puis il s’appuyait sur le Hadîth et la Sounnah, avec une grande minutie dans l’authentification des narrations. Il considérait la pratique des gens de Médine comme un argument législatif. Ce noble savant prolongeait la réflexion et la méditation avant d’émettre une fatwâ ou un avis juridique. Il disait: «Parfois, on me fait part d’une question et je passe toute la nuit à la traiter.» Il arrivait qu’une personne vienne le consulter pour une question juridique et reparte avec pout toute réponse de l’Imâm : «Laisse-moi, je dois y réfléchir.» La précipitation n’avait aucune place dans ses verdicts. Il en est ainsi pour tous les nobles savants qui pensent en permanence au Jour où ils comparaîtront devant Dieu. Le scrupule de l’Imâm Malik transparaît aussi dans sa parole : «La chose la plus éprouvante pour moi c’est d’être interrogé sur une question du licite ou de l’illicite, car il s’agit de trancher dans la religion.» C’est ainsi que l’Imâm Malik passa des années sans avancer une opinion sur certaines questions complexes et ambiguës. Il dit: «Voilà une dizaine d’années que je réfléchis à une question, sans arrêter une opinion.» Plus encore, quand l’Imâm était questionné sur une chose qu’il ne savait pas, il répondait sobrement: «Je ne sais pas.» Lorsqu’une personne insistait en lui disant: «Je suis venu jursqu’à toi de mon lointain pays pour te poser cette question et voici que tu me réponds que tu ne sais pas, toi le grand Imâm de Médine. Que vais-je dire aux miens ?» Et l’Imâm, imperturbable, de répondre : «Dis-leur que Malik ne sait pas.» Famille de l’Imâm Malik La femme que choisit l’Imâm pour l’accompagner dans sa vie n’était pas une femme libre. Il épousa une esclave. On rapporte que l’Imâm Malik avait beaucoup d’estime pour son épouse et eut d’elle trois fils - Mohamed, Hammâd et Yahyâ - et une fille, Fâtimah, appelée Oum Al-Banîn. Oum Al-Banîn connaissait l’ouvrage de son père, Al-Muwattâ’, par coeur et avait une connaissance des sciences islamiques supérieures à celle de ses frères. Lorsqu’un élève de Malik lisait un passage d’Al-Mouwatta’ dans son cercle d’enseignement, Fâtimah se tenait derrière la porte et signalait chaque erreur de lecture en frappant à la porte. Entendant cela, Malik demandait au lecteur de reprendre le passage où il s’était trompé. Quelques principes de l’école malékite La source première sur laquelle s’appuyait l’Imâm Malik dans sa jurisprudence fut le Noble Coran. C’est dans les versets de la Sage Révélation qu’il cherchait les jugements légaux et les preuves juridiques. Il estimait que toute personne qui se penchait sur l’interprétation des versets coraniques devait absolument avoir une grande maîtrise de la langue arabe, la langue de la révélation. «Si on m’amène un homme qui interprète le Coran sans être savant en langue arabe, je le punirai très certainement», disait-il. Par ailleurs, il ne tenait pas compte des israélismes en matière d’exégèse. Mais la maîtrise de la langue, outil indispensable pour l’exégète, ne suffit pas à elle seule pour puiser les jugements divins dans le Noble Coran. La Tradition du Prophète illustre les versets, les expose, les explique et en révèle le sens. C’est pourquoi l’Imâm Malik voyait en la Sounnah la deuxième source fondamentale de la Législation islamique, conformément à la Parole de Dieu: «Prenez ce que le Messager vous octroie; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous en.» «Et vers toi, Nous avons fait descendre le Coran, pour que tu exposes clairement aux gens ce qu’on a fait descendre pour eux et afin qu’ils réfléchissent»En outre, les verdicts religieux et les jugements juridiques émis par les Compagnons du Prophète occupaient une place importante dans la jurisprudence de l’Imam Malik. Il pensait en effet que la pratique des Compagnons doit être annexée à la Sounnah. Aussi n’est-il pas étonnant de constater que le Mouwatta’ de Malik compile, à côté des hadiths prophétiques, des verdicts des Compagnons. Il rapporta, par exemple, selon Abdallah Ibn Omar, qu’un homme vint le voir et dit: «Ô Abou Abderrahmane, j’ai accordé un emprunt à un homme et j’ai exigé qu’il me le retourne par une chose de plus grande valeur». Ibn Omar répondit : «Telle est l’usure (Ribâ)». Lorsque l’Imâm Malik manifesta un tel attachement à la Sounnah du Prophète et à la guidance des Compagnons, il devint l’Imâm de la Sounnah à son époque et occupa une place très distinguée parmi les savants de l’Islam. Il voyait dans le jugement légal émis par un compagnon une preuve solide et une branche de la Sounnah. En effet, soit le compagnon a appliqué un jugement qu’il tient du Messager de Dieu, soit la situation se prêtait à l’ijtihâd, et l’ijtihâd du compagnon découle de l’aiguisement de son sens juridique grâce à l’éducation prophétique qu’il a reçue. Par ailleurs, il prenait en considération les opinions de certains Successeurs lorsqu’il s’assurait de leur science, de leur maîtrise de la jurisprudence et de leur éthique. Parmi ceux-là, citons Omar Ibn Abdelaziz, Saîd Ibn Al-Mousayyab, Ibn Shihâb Az-Zouhrî et Nâfi l’affranchi de Abdallah Ibn Omar. Le consensus juridique, Ijmâ, est une autre preuve législative considérée par Malik. On entend par consensus juridique l’accord des juristes et des savants musulmans sur une question donnée. A plusieurs occasions, l’Imâm Malik introduisait un jugement juridique par: «L’opinion qui fait l’objet d’un consensus chez nous». Il entendait par cela: «la chose sur laquelle s’accordent les juristes et les gens de science, sans divergence». Il semblerait que l’Imâm Malik entende par «les juristes et les gens de science», les savants et les juristes de Médine. Lorsqu’il dit «L’opinion qui fait l’objet d’un consensus chez nous», il renverrait ainsi à l’opinion qui fait l’unanimité à Médine. C’est pour cette raison que certains savants affirment que le consensus juridique chez Malik, c’est la pratique des gens de Médine. La religion, ses fondements et ses branches, furent transmis et appliqués à Médine de génération en génération, depuis le temps des Compagnons. Ainsi, la pratique des savants et juristes médinois reflète avec fidélité ce qui fut transmis par les pieux prédécesseurs. C’est pour cette raison, que l’Imam Malik préférait le consensus des gens de Médine aux hadiths dits ahâd. L’analogie juridique (Qiyâs), la préférence juridique (Istihsân) et la présomption de continuité (Istishâb) constituent également des preuves juridiques pour l’Imâm Malik. Le raisonnement par analogie (Qiyâs) consiste à appliquer pour un cas juridique non tranché par les sources législatives primaires le jugement prévu dans la législation pour un autre cas juridique, sachant que, au fond, la raison juridique qui motive le jugement dans le premier cas s’avère présente dans le second. La préférence juridique istihsân peut se produire dans deux cas de figures. Le premier, c’est lorsque le moujtahid délaisse le recours à un raisonnement par analogie explicite au profit d’un raisonnement par analogie implicite. Le second cas de figure se présente lorsque le moujtahid favorise, pour un motif donné, un jugement exceptionnel par rapport à un jugement convenu. Si, par exemple, le dévoilement de la ‘awrah est illicite, une exception sera faite à ce jugement pour des raisons médicales où le patient devrait exposer des membres de sa awrah au médecin. Dans ce cas de nécessité médicale, la préférence est donnée au jugement exceptionnel.Enfin, l’Istishâb stipule que le jugement légal relatif à une chose est conforme à son état dans le passé, aussi longtemps que rien ne prouve que cet état a changé, et que le jugement établi dans le passé est valide dans le présent, jusqu’à ce qu’une preuve motivant un changement soit avancée. Malik prenait aussi en considération la réalisation de l’intérêt public (Al-Masâlih Al-Moursalah) et l’obstruction aux prétextes (Sadd Adh-Dharâ’i). Par ailleurs, l’Imâm Malik prenait en compte l’usage (Ourf) et la coutume (Âdah). Il s’agit de conventions relatives aux paroles, aux actes ou aux abstentions, répandues parmi les gens et consacrées par l’usage. Le recours à l’usage peut être fait par le savant à condition qu’il n’y ait pas de texte dans le Coran ou la Sounnah tranchant la question et que cela n’entraîne pas de mal ou de nuisance. Ce tour d’horizon rapide témoigne de la richesse des mécanismes juridiques de l’école malékite. Il convient de noter que la plupart de ces sources législatives sont également considérées dans les autres écoles juridiques sunnites. Elèves de l’Imâm Malik Si les maîtres de l’Imâm Malik furent très nombreux, il en fut de même pour ses élèves. Ce contact privilégié avec l’Imâm Malik fut sans doute favorisé par sa présence à Médine, lieu de passage par excellence des pèlerins venus prier dans la mosquée du Prophète Mohamed et le saluer dans sa tombe illuminée. Pendant leurs séjours, de durées variables, les étudiants et les savants parmi les pèlerins, faisaient connaissance avec les savants de Médine et fréquentaient leurs cercles d’enseignement. La prééminence de l’Imâm Malik à Médine fit de lui une référence incontournable pour tout savant ou étudiant vivant à Médine ou y séjournant provisoirement. Par ailleurs, la longue vie que Dieu accorda à Malik explique aussi le nombre conséquent de ses élèves. La plupart des Imâms dont l’étoile brilla du vivant de l’Imâm Malik étaient ses élèves, originaires de diverses contrées. L’épreuve de la prison. L’Imâm Malik vécut sous le Califat des Omeyyades, puis celui des Abbassides. Les historiens rapportent qu’il fut flagellé, châtié et humilié sous le Califat de Abou Jaafar Al-Mansûr, et avancent pour cela différentes raisons. Selon une opinion, l’Imâm Malik enseignait un hadîth établissant qu’un serment prêté sous la contrainte est nul. Al-Mansûr n’aimait pas que ce hadîth soit diffusé, de peur que ses adversaires en profitent pour se débarasser de l’allégeance forcée qu’ils lui avaient prêtée. Il aurait ordonné à l’Imâm Malik de ne pas enseigner ce hadîth et le refus de Malik aurait entraîné le châtiment qu’il a subi. Selon une autre opinion, similaire à la précédente, des gens auraient demandé à l’Imâm Malik s’il était licite de s’allier à Muohamed Ibn Abî Abdallah Al-Hasan pour se révolter contre les Abbassides, malgré l’allégeance qu’ils avaient prêtée à Abû Jaafar Al-Mansoûr... On rapporte qu’il expliqua que cette allégeance fut scellée de façon forcée et que celle-ci était, par conséquent, non avenue. Il leur aurait même recommandé de s’empresser de soutenir Muhammad Ibn Abî Abdallah Al-Hasan... La nouvelle serait parvenue à Al-Mansoûr qui fit venir Malik, en 147 A.H., et lui infligea l’épreuve du fouet au point que son épaule se déboita. Selon une autre opinion encore, la raison de cette humiliation, c’est que Malik avait donné la prééminence à notre maître Othmân Ibn Affân par rapport à notre maître Ali Ibn Abî Tâlib, que Dieu les agrée tous deux. Mais l’opinion la plus connue et la plus correcte à ce sujet, c’est que l’Imam Malik enseignait le hadîth établissant que le serment prêté sous la contrainte est nul. Mais il parvint à Jaâfar, gouverneur de Médine et cousin du Calife Al-Mansour, que l’Imam Malik annulait l’allégeance qu’ils reçurent des gens. Certains proches de Jaâfar lui recommandèrent d’agir avec prudence car l’Imam Malik jouissait d’un rang élevé auprès du Calife. Jaâfar envoya des gens demander à l’Imam le jugement légal relatif au serment forcé, puis les prit pour témoins, fit venir Malik et ordonna qu’il reçoive soixante-dix coups de fouet. La nouvelle se propagea à Médine comme le feu dans la paille et bientôt la ville allait entrer en ébullition sous la colère des Médinois indignés.L’incident parvint rapidement au Calife, qui exprima à son tour son indignation et affirma ne pas être au courant de cela. Il démit son cousin de son poste de gouverneur et le fit venir de Médine à Bagdad à dos de chameau. En outre, il demanda à l’Imam Malik de bien vouloir venir à Bagdad, mais le juriste de Médine déclina cette demande. Le Calife envoya alors une lettre à Malik l’informant qu’il souhaiterait le voir à la prochaine saison de pèlerinage. L’Imam rencontra ainsi le Calife à Minâ. Al-Mansour le voyant quitta l’endroit où il était assis, s’installa sur un tapis par terre et ne cessa de demander à l’Imam de s’approcher de lui. Puis le Calife jura qu’il n’avait guère ordonné ce qui fut, qu’il n’était même pas au courant, et raconta son énorme indignation quand cette fâcheuse nouvelle agressa son ouïe. Il s’excusa auprès de l’Imam Malik et l’informa qu’il avait ordonné que Jaâfar soit châtié et humilié. Mais l’Imam Malik loua Dieu, salua son Prophète et dit au Calife qu’il pardonnait à Jaâfar pour son lien de parenté avec le Prophète et son lien de parenté avec le Calife. A cette occasion, le Calife demanda à l’Imam Malik de rédiger un ouvrage, adoptant une voie médiane et consignant ce qui fit l’unanimité des Compagnons et des Imams parmi les savants. Il promit à l’Imam Malik de diffuser cet écrit dans les pays musulmans afin que les gens s’y tiennent. Les ouvrages de l’Imam Malik Le plus célèbre ouvrage composé par l’Imam de Médine, c’est Al-Mouwatta’. Il s’agit d’un ouvrage compilant des éléments de la Sunnah purifiée, ainsi que certaines opinions juridiques émises par les nobles Compagnons, les Successeurs et autres savants parmi les pieux prédécesseurs. On lui attribue quelques autres ouvrages et épîtres comme : Tafsîr Gharîb Al-Qur’ân Al-Karîm (Interprétation des singularités du Noble Coran). Kitâb As-Souroûr (Le livre de la félicité). Une épître traitant de la Fatwâ, une autre traitant d’astrologie, et une troisième apportant une réplique aux Qadariyyah (adhérant à la doctrine de la prédestination et du fatalisme). Mais le livre le plus précieux que ce juriste laissa à la postérité, c’est Al-Mouwatta’. L’attribution de ce livre à son auteur relève de la certitude. On relate que l’apparition de nombreuses sectes et la propagation de leurs croyances poussèrent l’Imam Malik à consigner la science qui lui était parvenue, avant qu’elle ne s’évanouisse de génération en génération ou qu’elle ne soit négligée ou oubliée. On rapporte aussi que ce livre fut rédigé à la demande du Calife Abbasside, Abou Jaâfar Al-Mansour. Malik rédigea cet ouvrage pendant plus de dix ans et ne cessa de le mettre à jour et de l’enrichir pendant près de quarante ans. Il convient de noter que cet ouvrage n’est pas un recueil de Hadîth au sens classique du terme. Il s’agit d’un ouvrage de Fiqh où l’Imam Malik souhaita exposer les opinions qui relèvent du consensus dans la jurisprudence médinoise, s’appuyant sur des preuves issues de la Sounnah considérée et appliquée à Médine. C’est dans cette perspective qu’il déclina les questions juridiques. Décès de l’Imam L’Imam Malik tomba malade pendant vingt-deux jours. La nuit de son décès, Abou Bakr Ibn Soulaymân As-Sawwâf vint dans une assemblée lui rendre visite et s’enquérir de son état de santé: «Comment te sens-tu aujourd’hui ?», demanda-t-il au juriste de Médine. Malik répondit: «Je ne sais quoi vous dire. Demain, vous verrez du Pardon de Dieu ce que vous n’aviez pas prévu.» Peu de temps après, l’Imam Malik rendit son âme bénie. Il décéda à Médine le 14 Rabî Al-Awwal 179 A.H., selon l’opinion la plus correcte, et fut enterré au cimetière d’Al-Baqî. Puisse Dieu l’agréer et nous faire profiter de sa science dans les deux demeures.

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