L’Imam Abou Hamid Al-Ghazâlî - L’Argument de l’Islam, le Deuxième Chafii

L’Imam Abou Hamid Ibn Mohamed Ibn Mohamed At-Toûsî Achafii Al-Ghazâlî est sans doute l’un des astres les plus brillants dans le monde musulman depuis de nombreux siècles. La profusion de ses enseignements, la richesse de ses paroles, la pertinence et la profondeur de ses réflexions lui ont valu le surnom de «L’Argument de l’Islam» (Houdjat Al-Islâm). Aimé et connu par le commun des musulmans, apprécié et honoré par les savants musulmans, l’Imam est devenu un étendard de l’islam et une référence incontournable. Voici quelques dates importantes de sa vie qu’il a dépensée dans le Chemin de Dieu. Biographie L’Imam Abou Hamid naquit dans la ville de Toûs à Khorâsân (en Iran) en 450 A.H. (après l’Hégire) soit en 1058 E.C. Après la mort de son père, le jeune imam, encore mineur, s’installa dans la ville de Jardjâne. Parti à la recherche des sciences et du savoir, il apprit « les sciences fondamentales en islam « (Usûl Ad-Dîn) Il retourna à Toûs, puis se dirigea vers NaysAbour où il devint un disciple et un compagnon de l’Imam Al-Djoûwaynî, jusqu’en 477 A.H, date du décès de ce dernier. L’imam se dirigea alors vers l’Iraq. Un souverain influent, Nidhâm Al-Moulk, ayant entendu parler de la valeur de ce jeune imam, l’accueillit en Iraq et lui confia l’enseignement dans Al-Madrasah An-Nidhâmiyyah à Bagdad en 484 A.H., Université très réputée à l’époque. Après quatre ans passés dans l’enseignement et l’écriture de précieux ouvrages, l’imam ressentit le besoin de voyager, de se détourner des intérêts terrestres, dans une quête permanente des sciences religieuses. C’était le début d’une quête mystique. Il quitta l’Iraq et partit pour Al-Hidjâz en Arabie. Il accomplit le pèlerinage et rencontra les savants de la Mecque et de Médine. Il s’installa ensuite en Palestine. Il passa deux ans à Jérusalem avant de visiter l’Egypte et de vivre pendant un certain temps à Alexandrie. De retour à sa ville natale Toûs, l’Imam consacra sa vie à la prière et l’adoration de Dieu, aux actions pieuses. Il fut sollicité par le Roi Fakhr Al-Moulk, le fils de Nidhâm Al-Moulk, pour enseigner dans Madrasat NaysAbour. Il vécut jusqu’à l’âge de 53 ans quand son âme bénie et apaisée fut rappelée par son Seigneur en 503 A.H. (1111 E.C.) La pensée d’Al-Ghazâlî Par ses ouvrages, l’Imam contribua énormément à la littérature islamique. Il fut sans doute parmi ceux qui contribuèrent le plus dans les débats épineux autour du soufisme et de la philosophie. En effet, un certain nombre de philosophes musulmans avaient développé des thèses inspirées de la philosophie grecque, et notamment de la philosophie néoplatonicienne, en contradiction avec de nombreux enseignements islamiques. D’autre part, certains qui se disaient, injustement, adeptes de courants soufis avaient manifesté des excès et des abus en négligeant des piliers de l’islam comme la prière. Grâce à son savoir incontestable en Credo Islamique, en Fiqh et son expérience spirituelle raffinée, l’Argument de l’islam voulut rectifier ces tendances parmi les philosophes musulmans et parmi ceux qui avaient dévié en attribuant abusivement leur attitude au soufisme. En philosophie, l’Imam Abou Hamid manifesta son soutien à l’approche des mathématiques et des sciences dites exactes. Cependant, l’imam utilisa avec rigueur et intelligence les principes mêmes de la logique aristotélicienne et les procédures néoplatoniciennes afin de révéler les failles et les imperfections de la philosophie néoplatonicienne et pour diminuer l’influence négative de l’approche aristotélicienne et d’un rationalisme excessif. Contrairement à certains philosophes musulmans, comme Al-Farâbî pour ne citer que lui, l’Imam Abou Hamid soutint l’incapacité de la raison humaine de cerner l’absolu et l’infini. La raison et l’entendement humains sont sans doute limités et ne peuvent transcender le fini. Ainsi, par la force de ses arguments et la rigueur de ses raisonnements, l’Imam mit le doigt sur un juste milieu où la religion coexiste harmonieusement avec le raison : la première, non contradictoire à la raison, la religion par le biais de la foi accède aux sphères transcendantes de l’absolu et l’infini ; la raison quant à elle ne peut dépasser la sphère du fini.Pour ce qui est du tasawwouf (soufisme) authentique, l’Imam fut un brillant modèle parmi les savants réunissant grande maîtrise du Fiqh et beaucoup de raffinement dans sa gustation spirituelle soufie. Il souligna que tout écart par rapport aux deux sources primaires de l’islam (le Coran et la Sounnah) est étranger au tasawwouf. Il est, à vrai dire, celui qui donna au soufisme ses lettres de noblesse en le purifiant de tous ces courants extravagants et déviants qui voulaient, et qui veulent toujours, s’infiltrer dans le soufisme. Pour l’Imam, le soufisme était la phase ultime dans le cheminement du fidèle vers Dieu. Mais pour lui, cette voie qui mène à la vérité absolue commence par le savoir, les actions pieuses, l’observance continue de Dieu et sa crainte révérencielle.Al-Ghazâlî, un océan de science Il convient de savoir que l’Imam Al-Ghazâli a commencé ses études de jurisprudence dans sa ville natale Tûs, puis il partit vers d’autres villes de sa région, comme Naysabour. Il excella en jurisprudence, dépassa ses contemporains et devint très tôt une étoile brillante faisant la fierté de ses professeurs. Il rédigea de nombreux ouvrages et épîtres de jurisprudence dont la qualité fit dire à l’un de ses professeurs: « Tu nous as enterré de notre vivant, n’eus-tu pas attendu notre mort pour le faire? «. Il devint une référence en Fiqh, si bien qu’en rentrant à l’Ecole Nizâmiyyah, il était l’Imam du khorasân, une référence sunnite des plus grandes, le maître incontestable des juristes de l’école Chaféite, le spécialiste de la controverse négalé, un théologien au savoir abondant et à l’esprit limpide, le philosophe encyclopédique, qui bientôt réfuta les théories philosophiques pour s’ériger non seulement comme l’Imam du Khorasân, puis le plus brillant professeur de l’Ecole Nizâmiyyah, mais aussi comme un Argument de l’Islam et l’Imam de Bagdad. Si l’on veut citer des opinions contemporaines parmi les plus posées sur Al-Ghazâli on peut rapporter cette parole de l’Imam Mohamed Mustafa Al-Marâghi, grand Imam d’Al-Azhar entre 1935-1945: « Si l’on cite des noms de savants l’esprit va tout droit aux branches de la science et aux sections du savoir ou ils se sont distingués ; si l’on cite Avicenne et Al-Farâbi, on pense tout de suite à deux grands philosophes. Si l’on cite Ibn `Arabi, on pense à un soufi mystique ayant fait du mysticisme des opinions de poids. Si l’on cite Al-Boukhâri, Mouslim et Ahmed, on pense à des hommes jouissant d’une grande valeur dans le domaine de la mémorisation, de la sincérité, de la délité, de la précision et de la connaissance des hommes. Mais si l’on cite Al-Ghazâli, l’idée de la ramification s’impose, si bien que l’on ne pense plus à un seul homme, mais à plusieurs, ayant chacun son propre poids et sa propre valeur. On pense à Al-Ghazâli, l’adroit fondamentaliste, à Al-Ghazâli, le libre Faqih, à Al-Ghazâli l’orateur, Imam de la Sounnah et son protecteur, à Al-Ghazâli, le sociologue avisé, expert dans les états du monde, et en pensées et aspirations secrètes, à Al-Ghazâli, le philosophe ou l’Anti-philosophe qui a dévoilé ce que la philosophie avait caché de faux sous de belles apparences, à Al-Ghazâli l’éducateur et le pédagogue, à Al-Ghazâli le soufi mystique. Si vous voulez, dites que l’on pense à un homme qui est une encyclopédie pour son époque, un homme qui à la soif de tout connaître, avide de toutes les branches du savoir.» Mais la reconnaissance de l’Argument de l’islam Al-Ghazâli ne date pas d’hier. Cheikh Abd Al-Qâdir Ibn Cheikh Abdallah Al-Aydarous a fait la l’éloge de l’Ihyâ dans un livre dédié à cela, «Faire connaître aux vivants les bienfaits de l’Ihyâ», il dit dans la préface: «Le livre de grande valeur appelé Ihyâ Ouloum Ad-Dîn, célèbre par son effet bénéfique et par son utilité parmi tous les savants actifs, tous ceux qui suivent, sans la moindre difficulté ou le moindre obstacle, la voie de Dieu, les cheikhs connaisseurs; livre attribué à l’Imam Al-Ghazâli que Dieu le bénisse, le savant des savants, héritier des prophètes, Houjjat Al-Islam (l’Argument de l’Islam), Bienfait des époques et des siècles, celui qui suit la trace des appliqués, la Lanterne des dévots et des pieux, idéal des Imams, a montré le licite et l’illicite, a orné les gens et la religion dont s’est vanté le seigneur des Envoyés que Dieu le salue et le bénisse, lui et tous les prophètes, et qu’il bénisse Al-Ghazâli et tous les autres savants appliques, pour tout ce qui a été d’un grand effet et d’une grande utilité, de valeur vénérable, sans égal dans son genre, jamais imité, qu’aucune intelligence n’a jamais dit, comprenant la législation religieuse, la méthode et le motif, révélant les mystères cachés, détaillant les secrets délicats». Salâh Ad-Dîn As-Safadi (mort en 764 A.H.), le disciple d’Abou Hayyân Al-Andalusî, rapporte dans son célèbre dictionnaire biographique intitulé Al-Wâfî (i.e. Le Complet)- qui contient plus de 14000 biographies :Mohamed Ibn Mohamed Ibn Mohamed Ibn Ahmed, la Preuve de l’Islam, l’Ornement de la Foi, Abou Hamid at-Tûsî (Al-Ghazâlî), le juriste Chafii, était sans rival au cours de ses dernières années. En 488, il renonça entièrement à toute sa propriété mondaine et sa fonction de professeur à Nizamiyya où il enseigna depuis 484, et suivit la voie de la renonciation et de la solitude. Il effectua un Pèlerinage, et à son retour, il dirigea ses pas en Syrie où il resta quelque temps dans la ville de Damas, donnant des conseils dans la mosquée hospice (zawiyat al-jami‘) qui porte désormais son nom dans le quartier ouest. Ensuite, il voyagea à Jérusalem, s’employant énormément à l’adoration et à visiter les lieux saints. Ensuite, il se rendit en Egypte, restant quelque temps à Alexandrie... Il retourna à Toûs sa ville natale (juste avant 492). Là-bas, il compila un certain nombre de volumes importants [parmi lesquels le Ihyâ’] avant de retouner à Naysabour, où il était obligé de dispenser des cours à la Nizâmiyyah (499). Il abandonna immédiatement ceci et revint dans son village où il assuma la direction d’une maison de retraite (khaniqah) pour Soufis et d’une université voisine pour ceux occupés à la recherche de la connaissance. Il répartit son temps entre la récitation du Coran et dispenser des cours aux Gens du Cœur (les Soufis)... Cette œuvre est parmi la plus noble et la plus importante, à tel point qu’il fût dit à son propos: Si tous les livres de l’Islam venaient à être perdus sauf l’Ihya’, il aurait été suffisant pour les remplacer... Ils l’accusaient d’y avoir inclus des hadiths qui n’étaient pas reconnus comme authentiques, mais une telle inclusion est permise dans les travaux d’encouragement du bien et l’interdiction du mal. Le livre reste toujours extrêmement important. L’Imam Fakhr Ad-Dîn Ar-Razi avait l’habitude de dire: «Ce fût comme si Allah avait rassemblé toutes les sciences sous un dôme, et les montra à Al-Ghazali» ou quelque chose de ce genre. Il rendit l’âme... à Tabaran... la citadelle de Toûs, où il fut enterré. «A Damas, il a vécu en retraite pendant environ dix années, engagé dans la lutte spirituelle et le souvenir d’Allah, à la fin de cette retraite, il émergea pour produire sa pièce maîtresse Ihyâ’ Ouloum ad-Dîn [La revivification des Sciences de la Religion], un classique parmi les livres des Musulmans au sujet de la constante crainte révérencielle que l’on doit avoir dans ses relations avec Allah (taqwâ), l’illumination de l’âme à travers Son obéissance y compris les niveaux de l’acquisition des croyants. L’œuvre montre comment personnellement Al-Ghazâli a perçu profondément ce qu’il a écrit, et sa magistrale réponse à plusieurs centaines de questions au sujet de la vie interne dont nul avant lui avait parlé ou résolu, ceci est une performance d’excellence soutenue qui montre l’intellect bien discipliné de son auteur et une profonde appréciation de la psychologie humaine. Il a écrit aussi presque deux cent autres oeuvres sur la théorie du gouvernement, la Loi sacrée, les réfutations des philosophes, les principes de la foi, le Soufisme, l’exégèse Coranique, la théologie scolastique et les bases de la jurisprudence Islamique.»Cheikh Abou Mohamed Al-Kâzrouni dit: «Si toutes les sciences disparaissaient, elles seraient de nouveau recomposées à partir d’Al-Ihyâ». Ibn Najjâr dit à son tour : «Abou Hamid est l’Imam des Faqihs sans aucune exception, le seigneurial de la Communauté à l’unanimité, l’appliqué de son époque et le notable de son temps «. L’Imam Al-Irâqi, que nous citons plus loin, dit: «Lorsque son mot fut suivi, que sa renommée se répandit fort loin, que l’on voyagea pour le rencontrer, qu’il fut obéi des gens, son âme se détourna de ce bas monde et eut la nostalgie de l’autre. Il rejeta alors le premier et s’efforça de gagner le second, moins éphémère, ainsi que les âmes pures, comme l’a si bien dit `Omar Ibn Abdelaziz: J’ai une âme qui, lorsqu’elle eut gagné ce bas monde, eut la nostalgie de l’autre. Un certain savant dit: «Je vis Al-Ghazâli, que Dieu le bénisse, à la campagne, vêtu d’un habit rapiécé et tenant à la main un bâton et un bouilloire. La critique Malgré le rang élevé de l’Imam et la qualité de ses ouvrages, et de l’Ihyâ en particulier, il n’a pas échappé aux critiques, comme tous les humains, car nul n’est infaillible après le Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui. Parmi les gens qui formulèrent des critiques plus ou moins sévères on peut citer l’Imam Ibn Al-Jawzi, At-Tartoushi, Al-Mounîr, Youssouf Ad-Dimachqi, Ibn As-Salâh, Bourhân Ad-Din Al-Biqai et quelques autres. «La fin de sa vie fut consacrée au Hadith de l’Elu (Al-Mustafa) à la compagnie des savants en cette science, à la lecture des deux Sahihs d’Al-Boukhari et de Mouslim, qui sont les arguments de l’islam. S’il avait vécu davantage, il aurait atteint un rang supérieur dans ce domaine et en aurait terminé avec cet art. Il est hors de doute qu’il s’occupa à la fin de sa vie d’écouter les Hadiths sans avoir eu le temps de les rapporter. Le Hâfidh Al-Murtadâ Az-Zabîdi l’un des grands commentateurs de l’Ihyâ’ dit: «Je ne lui connais point de pareil en ce qui concerne les livres composés par les juristes «. Et Ibn As-Soubkî de dire: «Il fait partie des livres dont les musulmans doivent prendre soin et qu’ils ont à propager pour qu’ils soient une cause de la guidance de beaucoup de créatures vers la bonne voie. Il est rare qu’on le consulte sans en retirer tout de suite une leçon «. L’Imam Mohamed Al-Khidr Hosayn, un chevalier de l’islam et défenseur du Coran et de la Sounnah, savant algérien par son origine, tunisien par sa naissance, égyptien par son séjour, grand Imam d’Al-Azhar entre 1952 et 1958 dit :«Si les savants ont trouvé dans le livre «Al-Ihyâ» quelques défauts peu nombreux, il s’agit là de l’œuvre d’un être humain qui n’est point à l’abri de l’erreur. Pour en montrer les bienfaits et la place élevée, il suffit de rappeler que les perles de ses profits sont innombrables et les étudiants amoureux de la vertu y gagnent ce qu’ils ne gagneraient pas d’un autre livre «.Ma conclusion sera à ce sujet celle de cheikh Mohamed Al-Khidr Housayn, qu’Allah lui fasse miséricorde. Pour ce qui est des ignorants qui se contentent de critiquer l’Ihyâ d’Al-Ghazâlî, sans la moindre équité ou modération, sans même avoir lu cet ouvrage, leur jugement - nourri de sectarisme et d’aveuglement pour tout ce qui est proche du tasawwouf - est sans valeur et ils ne seront pas meilleurs connaisseurs du Hadith que l’Imam le Hâfidh Al-‘Irâqî qui dit: «C’est un des livres de l’Islam les plus vénérables, traitant de la connaissance du licite et de l’illicite. Il y a réuni les règlements visibles et explique des mystères trop délicats pour être compris. Il ne s’y est pas limité aux branches ni aux questions simples, il n’a pas plongé loin dans les eaux profondes pour qu’il lui devint impossible de regagner la côte. Traitant des deux sciences du visible et du caché, il en parle en recourant aux termes choisis. Il emprunta la voie moyenne, suivant en cela l’exemple de Ali, que Dieu honore son visage : le meilleur de cette nation est la voie médiane ; le croyant la rejoint et s’y réfère».Parmi ses oeuvres Ce fut un savant à la plume prolifique. Parmi ses écrits, qui resteront toujours comme des phares dressés vers le ciel et éclairant la terre, nous pouvons citer «L’Incohérence des Philosophes « (i.e. Tahâfout Al-Falâsifah), « La Revivification des Sciences de la Religion», Les Epîtres d’Al-Ghazali, La Pénitence Après le Péché et de nombreux autres ouvrages dont certains ont été traduits dans différentes langues. Ainsi nous laissa-t-il des perles rares et des trésors inépuisables de la littérature islamique avant d’aller auprès de Son Seigneur. Que Dieu lui accorde ses meilleures rétributions et qu’Il l’honore le Jour du Jugement Dernier.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire